Les coups de reins sonores d’Alto Clark.

Dans l’écurie Fils de Vénus, je demande Alto Clark. Carrure gourmande, yeux océan, le streetwear en signature. Le genre de mec que tu poses en débardeur échancré American Apparel, short en cuir Hermès, Nike Air aux pieds, une bouteille de bière à la main devant une Peugeot 205… et tu réinventes le porno subtil. Une future série Vogue Homme qui sent le sale. Un mélange d’ironie 80 à un brutal coquin des caves de Sarcelles. De Citébeur à Brooklyn tout en jouant au sarcasme visuel du hip très français, un résultat hybride très « à la cool ». Voilà pour l’esthétisme. Ça pète à la gueule, c’est assez joli à regarder, mais ça pue le cul surtout.

 

     Alto Clark-Sarah Fouassier

 

Pour le personnage, c’est plus complexe, rien à voir avec l’aspect « taillé à la serpe » du type. Timide sans l’être. Trop curieux pour fermer sa gueule, il a un côté bambin, potos, frérot. Le mec à qui t’as envie de pincer la joue ou d’être bras dessus, bras dessous quand t’es bourré. Un petit air de Coubiac dans un grand verre de culture.

 

Alto Clark-B Rob

 

Issu des beaux-arts de Saint-Étienne, il a ce côté torturé dans le débat, d’où l’expression par l’art et bien évidemment par la musique, mais pas de façon pompeuse. On n’est pas dans l’incompréhension du discours en mode « j’ai voulu retranscrire le monde dans une vision musicale évocatrice d’une certaine brutalité dans le plaisir-gna-gna-gna-bla-bla-bla ». Adieu « Mélanie-Laurent-isme » dont peuvent faire preuve certains artistes contemporains. Le premier degré opère, c’est la délivrance de musiques abruptes, de sons compilés pour la fête ultime. L’orgasme du père Alto passe par la distribution sonore quasi chamanique dans le but non caché de faire se dandiner la foule. Ça va du booty hip-hop crasseux à la techno de backrooms la plus chaude, c’est toujours bien pensé, des fois doux, des fois dur : il connaît l’étreinte. Genre, t’as vraiment envie de baiser sur les mixtapes du Sébastien Chabal du monde des Bisounours.

 

 

Mais ce qui le prend vraiment aux tripes, c’est le live. Moitié du groupe De La Montagne, ils cartonnent en duo grâce à une sorte d’électro-pop suave qui fait chavirer les cœurs et les caleçons. Il agit, évidemment, aussi en solo et s’amuse de beats dépouillés qui ne sont pas sans rappeler les nordistes les plus froids. Voyage entre les afters de la Lettonie, Stockholm et forcément Berlin qui n’est jamais très loin. De sa scolarité, il garde une certaine rigueur, un besoin inassouvi de perfection. Trop de perfection, des fois. Comme s’il s’interdisait la faute qui pourrait octroyer à ses idées sonores une dimension qui contrôle l’hystérie.

Alto Clark aime jouer aux brouilleurs de pistes quand il s’adonne à la créativité auditive ! Il emprunte un labyrinthe qu’il crée de toutes pièces, que par conséquent il connaît, et dans lequel il vous amène sans même que vous vous en rendiez compte : c’est différent, envoûtant, presque performatif.

Les éducations esthétiques ont toujours su donner à la musique cette dimension fantasmagorique où les sonorités ne sont plus seulement l’apanage de l’ouïe mais aussi des cinq sens. Le père Alto, en guincheur foutraque, continue d’étudier la question sur nous, ses cobayes préférés.

 

Alto-Clark-Johanna-Depute

 

Sa névrose est joyeuse et se sent aussi sur scène où la passion qui l’anime se transmet comme une substance illicite. Il sourit, du moment que l’on transpire. Le père Alto est définitivement d’une génération qui a décidé de pousser l’expérimentation au-delà des frontières d’un cercle restreint, car seule la populace le nourrit. De cette communion tendancieuse naît une tension sexuelle et musicale qui a pour lit le dancefloor… Alto Clark n’est certainement pas un coup d’un soir mais bien l’amant musical de nos nuits les plus chaudes : passées, et surtout à venir.

 

Bien à vous. 

Gagoug: le dieu de l’absurde.

Tu ne connais pas Gagoug ?! Alors tu as loupé ta vie à travers les Internet… Enfant absolu de la génération virtuelle, Gagoug a.k.a Peritel A.k.a Dj Dubois A.k.a Rémi Forcadell A.k.a… vogue autant de pseudo en pseudo que de création musicale loufoque en reprise démentielle et complètement improbable.

Alors que nous avons accueilli son physique d’adolescent sexy au festival de performance CRISIS, Gagoug a ému, touché et submergé son public d’une vague émotionnelle indescriptible qui faisait battre les petits cœurs, se dandiner les jolies fesses tout en amenant un rictus permanent.

 


 gagoug

 

Gagoug, c’est un concentré d’énergie un peu do it yourself qui amène la musique à un niveau de fraîcheur encore rarement expérimenté, là où l’intellectualisme arrogant n’a pas sa place. On est dans un univers complètement absurde où le « Lolita » d’Alizée se chante avec un morceau de baguette tradition dans la bouche, où Joe Dassin passe en mode électro et oui, on ira où il voudra quand il voudra, tant sa « mignonnerie » charme avec un naturel déconcertant.

Gagoug est sans aucun doute un poète des temps modernes, le Rimbaud 4.0 qui possède pour seule arme une créativité exacerbée. Il entretient une façon désinhibée de vous envoyer vers des contrées fantasques remplies de sourires, de couleurs et de bien-être. Il n’y a certainement rien à comprendre dans le traitement visuel de ses diverses activités ou dans ses histoires saugrenues en 3D, mais tout se prête à un sentiment de bonheur absolu et continu dans un monde où l’on parle bien plus des tragédies que du positif.

 

 

Mais finalement, c’est bien grâce à sa musique qu’il éblouit ! Moment de bonheur qui vous ramène presque à l’enfance avec son électro pop édulcorée sans prise de tête. Écouter Gagoug, c’est une évasion extrême vers un univers lointain, architecturé de toutes pièces par ses soins, où il fait bon vivre. Rien que le nom de certains de ses titres comme « Tous mes amis sont partis à la discothèque tandis que je reste chez moi » est représentatif d’un artiste loufoque qui fait ce qui lui plait… Le naturel, la franchise, l’honnêteté d’une personnalité comme la sienne sont la recette d’un succès qui subjugue. Avoir Gagoug dans les oreilles, c’est écouter du VRAI. Et PUTAIN que ça fait du bien. Pas de plan marketing ou com’ là-dedans, juste de la création pure, des envies et du plaisir qu’il partage sans concession, avec amour et avec une certaine modestie. Même les quelques problèmes techniques survenus lors de son concert ne sont pas parvenus à avoir raison de l’immense générosité qu’il possède sur scène. Il ne s’en rend même pas compte mais son espèce de mal-être est un atout qui le rend pur et par conséquent complètement hypnotique.

 

gagoug

 

Il nous a lu les textes de sa psy, a fait l’amour avec la scène en répétant 1 000 fois « confiance en soi » et on sent comme un exutoire dans son travail. Un travail personnel qui devient donc public. Ne doute plus de toi, Gagoug, ton fan-club est déjà bien chargé, envahi de garçons et de filles qui se nourrissent de ta folie. Nous te sommes reconnaissants de ce trésor qu’est ton soundcloud, comme des vacances perpétuelles… Comment te remercier de nous donner autant ? Nous sommes fans absolus, posons un genou à terre devant toi, ô dieu de l’absurde et du mignon le plus extrême. Notre cœur bat. Continue de nous éblouir, tu shine bien plus qu’un diamond… Gagoug, l’homme d’une vie.

Bien à vous.

Le Formica: l’alchimiste des sons

De tous les artistes travaillant la musique que nous avons rencontrés, Le Formica est certainement le plus singulier. Une douceur innée qui se ressent dans ses compositions ; un physique de geek qui nous amène à l’imaginer en savant fou dans un immense laboratoire où table de mixage et machines à rythme auraient remplacé pipettes et bec Bunsen. Le rapprochement est assez facile tant son processus créatif semble scientifique. De ses sets ressort une technique ultra travaillée où les notes deviennent des formules pour créer des histoires qui attisent les oreilles avec un certain vice. Sa signature est aussi identifiable qu’elle est unique. Hormis la recherche d’enchaînements parfaits, Le Formica possède un certain talent pour choisir ses morceaux et vous emmener sur des chemins escarpés inattendus mais diablement exquis.

 

le-formica

 

Alors que d’autres DJ ou producteurs s’évertueront à la préciosité de mix intellectuels efficaces mais trop souvent faciles, Le Formica va procéder à des expériences explosives afin de diluer le nectar musical pour n’en garder que le frénétique. Il fait partie de cette nouvelle vague de DJ qui travaille l’électronique comme un art noble qui n’est pas réservé à une élite de la nuit. C’est cette particularité qui le rend complètement affriolant. Il apporte à ces mix toutes sortes d’influences avant tout musicales mais aussi cinématographiques, voire littéraires. Il a le potentiel d’un Gainsbourg des musiques synthétiques qui pourrait transformer n’importe quel rade pourri en place to be de la capitale.

 

 

Cet artiste issu et continuant une carrière dans la danse ne cherche pas à apprivoiser un style mais à surprendre le corps par le biais du cerveau et plus particulièrement de l’ouïe. Alors le but n’est pas spécialement de réussir à impressionner par sa culture musicale mais bien par sa faculté à surprendre les esprits et à les faire danser sans que le public ne s’en rende compte.

Un set du Formica ne s’oublie pas car il se savoure. La surprise est son plus gros atout, le ressenti son arme secrète. Un brin rétro par moments, il peut sortir naturellement un tube de variété française en plein milieu d’un mix qui puait la techno minimale allemande. Alchimie des sons de vouloir confronter ce qui, à la base, n’aurait pas dû l’être et, bien pire… réussir. Réussir à créer un nouveau mouvement où la tendance musicale n’a pas sa place. L’expérimentation devient alors cette signature car elle surprend à chaque enchaînement.

Cette nouvelle approche de la musique électronique comme vaste monde qui n’est encore que trop peu exploré donne une nouvelle dimension à la scène club parisienne. Une troisième French Touch ? Pitié, n’utilisons pas ce mot bien dégueulasse sûrement inventé par un stagiaire de chez Universal mais disons que de se hasarder hors des sentiers battus tel que le fait Le Formica, et dans la même lignée son acolyte Plaisir De France, risque de sacrément perturber l’approche de la fête… À s’en couper une oreille.

 

Retrouvez sa mixtape « Entretien Avec L’Amour » dès demain et en exclusivité sur Monsieur/Mademoiselle. 

 

Bien à vous.

Delicate immobility & Faint melancholy

 

I met up with Romain at the end of an unexpectedly warm winter afternoon and savoured a cup of bergamot tea while we talked about anything from French cultural heritage and so-called seapunk style to his inspirations and work process.

 

2.

 

Between two sips of tea and a cigarette, I recalled I had first happened upon his work a few years ago and something in it had instantly struck a chord. Was it the delicate immobility, the faint melancholy of his pictures – or perhaps the way he artfully captured light ? I may also have been seduced by the subtle duality of his work, which often blends the refined and the trashy, the quaint and the new… but was most probably touched by his genuine love of fragile, somewhat tainted beauty.

 

3.

 

Now a twenty-four-year-old student in fashion design at the Arts Déco, Romain tells me that photography will remain his own intimate form of art and that he is not that interested in making money from it – he would rather turn to art direction.

 

4.

 

Romain is passionate about art history and visual culture, seems to love music, and absorbs anything that, he feels, relates to his aesthetic universe made of little treasures and memories. He loves collecting tiny objects, fragments of old pictures, and other precious scraps that he then gathers in various notebooks for future use. For this protean artist, photography seems to be just another way to express the intricacies of his vision.

 

5.

 

Before creating a series of pictures, Romain always has a specific idea of what he wants to obtain. As his mental image starts shaping long before he actually shoots the series, he thoughtfully declares that his approach to photography tends to be more intellectual than intuitive and that he composes his pictures in the manner of classical painting. He knows what hues he is going to use, what shades he wants to conceal or enhance on the model’s face and, above all, how he wants the light to suffuse the scene. Romain will then revolve around his practically static model and take a few photographs, using one single roll of film.

 

6.

 

In spite of the somehow remote and ethereal quality of his photographs, Romain’s artistic sensibility remains very modern, and so is his recycling of internet culture as well as fashion and cultural undercurrents. He has also directed a few videos and, while he finds filming more difficult to handle, he is particularly eager to work with this medium, which he feels comes closest to the mental representations of our generation.

 

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Hoping to leave you with the irrepressible desire to learn more about him, I wish you a lovely day.

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Baisers,

E.

 

Find out more about Romain Le Cam here :

http://lecamromain.com

http://romainlecam.blogspot.fr

http://vimeo.com/lecamromain

William Geandarme: maitre à penser du chic et décalé.

Portrait par Laetitia Bica.

 

Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi avenant que Monsieur William Geandarme. C’est naturel d’avoir une conversation avec lui, il amène à ça. C’est quelqu’un qui dégage quelque chose de bon. Quelqu’un avec qui on se sent bien. D’ailleurs, sa personnalité se retrouve totalement dans son travail. Il n’y a rien de plus honnête : c’est joyeux, coloré, accessible à tous… cool, bordel !

 

 

Assez fou et distingué à la fois. On est dans un épisode de BCBG (le dessin animé, NDLR) qui se passerait en 2012 mais qui reste très « parisien(ne) » quand même. Aussi bien dans les références que dans la forme. Ceci dit, une Parisienne nourrie à l’influence de la culture pop et second degré, rendons à César ce qui lui appartient.

 

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Justement, on se focalise beaucoup trop sur ses pièces qui ont un côté régressif, le jeune créateur a pourtant plus d’un tour dans son sac (ah ! ah ! C’est nul, je sais). Je suis persuadé que si c’était Rei Kawabuko qui avait fait la banane en cuir asymétrique, on aurait déjà crié au génie. Certes, il pourrait très bien être le fournisseur officiel de la ligne accessoires de Julien David, mais pas que. Pour tous les goûts, ça c’est certain. Finalement, il y a une certaine désinvolture à la française que bon nombre de nos consœurs étrangères nous envient… avec un passage à la machine à laver du « ridicool ». Profitez-en. Tout le monde devrait porter un sac William Geandarme au lieu de cet affreux cabas à paillettes made in Bangladesh Vanessa Bruno (vous voyez très bien de quoi je veux parler) !

 

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Pourquoi une ligne de sacs ? Je n’en ai pas la moindre idée. Je n’ai même pas pensé à lui poser la question tellement ça me paraît évident. Évident dans le sens naturel. Je ne sais même pas s’il voudrait faire autre chose. L’accessoire lui va bien. Il donne à la jeunesse une certaine insouciance, ses créations ont quelque chose d’un brin délire qui ne dépasse jamais les frontières de l’élégant. Du coup, on a l’impression d’être chic et pourtant toujours décalé. C’est frais.

Exemple : j’ai un sac Fidodido d’une de ses collections. Je l’appelle « mon Fidodido » comme je pourrais appeler (si j’en avais les moyens) un Birkin « mon Birkin ». Vous me suivez ? C’est mon sac de luxe à moi, il n’y en a qu’un. En plus, ce sac est, de manière pratique, très chic : il est tellement grand qu’on peut mettre sa maison dedans et fouiller jusqu’à l’infini. Et en même temps, il a cet imprimé 90’s qui rappelle trop de souvenirs d’adolescence qui prêtent à sourire… Il est parfait.

 

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En tout cas, le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense aux créations de Geandarme, c’est : bonheur. Il sera à la vente du bureau de mode Von Engelwacht dont nous parlerons demain… Passez voir, vous comprendrez. Je ne vous incite pas à la consommation (un petit peu quand même) mais l’expérience luxe de la pièce unique, elle est là. À portée de bourse. Même pas moyen d’avoir un découvert. J’exagère, me direz-vous ? Je vous répondrai que toutes les femmes que je connais ont le MÊME sac : c’est d’un triste à militer pour le droit des vaches. Alors, j’estime que la pièce unique abordable aujourd’hui, c’est un grand luxe. Il n’y a pas d’exagération, seulement une constatation. En plus, quand c’est fait par un mec inventif et d’une gentillesse à toute épreuve, j’y vais avec passion.

 

 

Je pense qu’on devrait instaurer un décret pour rendre le Gendarme obligatoire dans tous les foyers : ça, c’est de l’exagération… Quoique, les clones, ça commence à faire flipper. Tout ça pour dire que les collections de William Geandarme sont une évidence qui devrait venir à l’esprit de tous ceux qui souhaitent un jour être considérés comme intelligents en plus d’avoir du goût.

 

Bien à vous.

Jules Faure: le poète photographe.

 

Jules Faure aurait pu être un acteur à fantasmes du Hollywood des années 50. L’élégante touche rétro que possède ce chérubin sur pattes ne doit pas être étrangère à cette image que l’on se fait de lui. Pourtant, il est indiscutablement un enfant moderne, charismatique, à la mélancolie et au romantisme racés, se servant de l’appareil photographique pour retranscrire son constat du monde. Un poète. Et certainement pas n’importe quel esthète… Il ne s’arrête pas à cet art, c’est encore un de ces touche-à-tout sans limites inventives. Exemple : on retrouve aussi sa patte derrière le flyer de Mauvais Goût, preuve qu’il n’est pas sans ressources humoristiques. Mais c’est bien par le biais de ses photos que l’on ressent le plus d’émotions, que l’œil et le corps frissonnent.

 

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Dans une certaine dureté, voire une tristesse brute (et brutale) de la vie, il capture et exprime au mieux son talent. Vague à l’âme et brume abattue se côtoient avec une délicatesse rendant ses images aériennes et non horripilantes. Le résultat de sa réflexion possède alors une exquise folie ouatée.

Digne héritier d’une Diane Arbus pour l’empathie et d’un Jurgen Teller pour l’essence crue de ses clichés, Faure est une espèce de néoromantique dandy qui fait penser à un Rimbaud qui aurait tâté de l’objectif. C’est intellectuel, limite agaçant car dérangeant. Il amène à regarder au plus profond de ses modèles, sans artifices, avec une certaine bestialité mais sans en oublier les traits d’espoir…

 

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Son travail (uniquement à l’argentique, c’est beau de le préciser) est une dépression mélodieuse inhérente à une folle envie de vivre… Beauté contradictoire et cinglante, donc forcément féroce. C’est autant troublant que perturbant, surtout parce qu’il ne conte que la vraie vie ! Avec Faure, les femmes ne sont pas belles parce qu’elles sont « brushées », transformées par les cosmétiques et les robes incroyables ; elles sont belles simplement parce qu’elles sont des femmes qui sont capturées avec leurs joies ET leurs douleurs. Même constat pour les garçons. On a l’impression qu’il arrive à tirer l’essentiel de ce qui pourrait être intéressant chez une personne parce qu’il la présente sous un jour simple et naturel. C’est exquis de franchise. Frontal, sans ménagement, mais avec quiétude. Il comblerait Madame Diana Vreeland de bonheur car elle se donnait comme objectif de ne pas cacher les défauts mais plutôt d’en faire l’apologie. Il s’érige alors en génie de l’authentique beauté.

 

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Quand on lui demande de la mode, il se fait plus aiguisé et astucieux et avec la série homme à venir, « Les Amoureux d’automne », l’atmosphère se veut douce, pastel, un brin fiévreuse, en tout cas très onirique : il a accordé au désir la place qu’il mérite. Il est le meilleur ambassadeur d’un Paris que les étrangers rêvent, il est le Corinne Day du Saint-Germain-des-Prés arty mais remplace le côté trash/héroïne/sale par une aura pure parce qu’ultra réaliste mais aussi calme, caressante et paisible. Sa signature est unique et complètement indélébile. On oublie trop souvent que la photo devrait nous faire ressentir avant de nous subjuguer de technique, et c’est exactement ce que Jules Faure fait. Il redonne à cet art sa juste valeur tout en y incluant avec sagesse les stigmates de notre société.

 

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Si Bourdin était le magicien de l’érotisme couture d’autrefois ou que David Lachapelle est le putassier coloré d’aujourd’hui, alors Jules Faure est, inexorablement, le conteur de poésie de demain. Sa photographie est d’une rare beauté : s’y mêlent placidité, sourires cachés mais sincères, suavité de la vie et autres gourmandises. Ça sent la jeunesse qui claque, ça donne une gifle, c’est violent de bonheur car ça vient des tripes… En même temps, c’est très courageux car c’est très intime… Ici, il est adopté, chéri, aimé, il fait partie de notre famille : qui n’a pas envie d’être l’héroïne d’un roman sur chaque portrait que l’on voit de soi ?

 

Bien à vous.

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