R’n’B féminin: un gouffre d’ennui et de platitude.

Depuis quelque temps, devant mes yeux ébahis apparaît une nouvelle scène de chanteuses bien décidées à faire du R&B le genre le plus relou de la terre. Cela ne me posait aucun problème tant qu’elles restaient un phénomène de niche pour gays fragiles, mais devant leur audience grandissante, un énorme OLA! s’avère nécessaire afin de remettre les idées en place aux brebis égarées.
 
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FKA Twigs, Andrea Balency, Jessy Lanza, Sza et j’en passe, autant de petites meufs sorties de nulle part qui inondent régulièrement Internet de leurs vidéos pseudo-arty en 7D Retina. Qu’avons-nous fait pour mériter ça ? Le R&B mérite-t-il tel châtiment ? Est-ce une punition pour avoir enfanté Craig David ? Enquête.
 
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Généralement, tout commence de deux façons. Soit une instru électronique vaguement déconstruite puis une meuf qui miaule, soit une meuf qui gémit puis l’entrée d’une instru tellement chiadée qu’elle en devient inexistante. Plein de petits hit-hat dispersés çà et là comme autant de gouttes d’eau plate, une basse généralement full d’infra que le mec de base n’entendra probablement jamais avec son haut-parleur tout pourri de MacBook Air coincé dans son 18 m2 du 10e.
 
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Évidemment, on peut distinguer plusieurs mouvements dans ce grand genre musical dopé au Tamiflu, à la chaîne musicale Majestic et aux hashtags Instagram. Leur point commun est un ego surdimensionné et un premier degré maximum les poussant à dire des phrases du type : « Je veux utiliser ma musique et l’idée d’une artiste plus polyvalente pour nourrir différents projets. J’ai le sentiment que beaucoup de gens ont du talent dans différents domaines, et je vois la musique comme une extension de tous les projets artistiques que je réalise ». Ou encore : « Fuck alternative or experimental R&B ». Sic.
 

 
Grimes nous fait toujours plaisir. Lookée comme un sapin de Noël sous ecstasy qui n’aurait jamais dû s’échapper du film Alien qui l’a enfantée, elle aime le désert, la plage, les feux d’artifice, les serpents, les vibes glacées et toutes ces choses foncièrement originales que l’on retrouve dans 90 % de la production actuelle. Ses chansons se dansent comme dans un film de Xavier Dolan, c’est-à-dire au ralenti et en mourant d’ennui. On se demande encore qui sont les 20 millions de personnes qui ont pu tomber un jour par mégarde sur ce clip dont la folie égale celle d’une chronique de Jean-Luc Lemoine dans Touche pas à mon poste. On passera sur la batterie lo-fi façon « j’ai fait ça dans ma chambre en suçant des piroulis à la grenadine » tant elle donne envie de se taper la tête contre les murs en hurlant de rage sur du Ramstein.
 

 
Je vous présente SZA. Le clip consiste en une meuf qui se déshabille vaguement avant de rentrer dans un lac pour s’y noyer, ce qui nous semble être la seule vraie bonne idée. Après quelques gémissements, on a successivement droit à un zoom sur une Converse, un iPhone cassé et un gilet en laine contenant un papier et un crayon, probablement pour noter « la super bonne idée de chanson chiante que j’ai eue hier en achetant un hot-dog à 10 euros à Strasbourg Saint-Denis ». Quelques plans sur la nature, quelques glouglous et zou, elle disparaît sous l’eau en faisant la croix, provoquant un mélange de haine, de rire et d’embarras. Emballé, c’est jeté.
 

 
Bienvenue à sa copine Kilo Kish, qui a la même coupe, la même absence de groove et le même sens du vide. Ici, on sort du lac pour se retrouver avec des bruits d’oiseaux sous filtre sépia tandis qu’apparaissent soudain un blouson Kitsuné, Pedro Winter, les petits pilous et un hoodie Sixpack en pleine tournante. On blague pour le reste mais malheureusement, le blouson est bien là, tandis que surgit sous nos yeux ébahis l’idée du siècle, une chanteuse triste au milieu d’une pseudo-fête de crevards.

On se demande encore qui, en 2014, peut penser qu’il est O.K. de mettre en œuvre un story-board aussi cramé, encore si peu face au final façon « je déambule avec mon blouson trop yolo dans le désert sur ma chanson pourrie en me nourrissant de la mélancolie d’un coucher de soleil » Ce qui donne envie de lui faire bouffer un cactus par la racine pour la réveiller de sa léthargie X-Pro II.
 

 
Le truc relou avec Jessy Lanza, c’est qu’on avait vraiment envie de l’aimer. Elle a signé sur le cool label Hyperdub, elle était pleine de promesses. Et puis elle aussi a décidé de niquer le R’n’B dans ses grandes largeurs à coup de tracks puissamment soporifiques. On a récemment pu la voir au Pitchfork Festival, jouant le marchand de sable pour un public à la base déjà pas très réveillé. C’était nul.

Ici, on pourra décrire le clip comme un « montage audacieux » dont on espère que le dossier de presse contient les formules « éthérées », « groove hypnotique » et « nappes planantes ». Et vas-y que je te balance des dégueulis de réverb, et vas-y que je joue le minimalisme pour arriver à un résultat less is less du plus mauvais effet.
 

 
Évidemment, le meilleur pour la fin, FKA Twigs. Avec ses initiales rappelant furieusement une célèbre chaîne de poulet frit, elle remporte la palme. Sa petite voix fragile, ses clips dont le visionnage devrait obligatoirement s’accompagner d’une prise massive d’aspirine réussissent le pari de faire sould out à Paris et de pourrir régulièrement ma timeline Facebook, confirmant combien l’algorithme de Zuckerberg est tout pété. La simple écoute d’un de ses gémissements donne envie de l’enfermer à tout jamais dans un bucket 24 pièces sous perfusion de Lexomil.
 
Elle incarne tout ce qu’on a envie de jeter dans la génération Tumblr avec ses clips arty-chiants, ses ralentis qu’on a envie de détruire à la pioche, ses instrus bonnes à jeter à la benne des producteurs sensibles et conscients. Que ce soit sur « Water Me » où elle fait l’horloge avec sa tête, « Papi Pacify » où, couverte de paillettes, elle se fait mettre des doigts dans la bouche en noir et blanc, ou « Two Weeks » où elle joue les Cléopâtre en bougeant comme une décérébrée, on ne sait plus où donner de la tête dans le kitsch et l’absurde. Ah si, on peut toujours taper son nom dans Google Actu et lire ses plus belles déclarations sur son amoureux Robert Pattinson : « C’est le contraire de qui je suis en tant que personne, et ça a été bizarre… Puis je me suis assise et j’ai eu une conversation avec moi-même (…). » Eh bien, la prochaine fois, évite d’en faire une chanson.
 

XX, Aubry.

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