Sarajevo mon Amour…

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Il est tout étroit l’aéroport bosniaque. Pour une capitale je trouve ça mesquin et charmant. Au sortir de l’aérochose, je n’ai pas tout de suite saisi ce qui allait se passer. J’ai même été déroutée. L’excitation des premières bouffées d’air d’une nouvelle ville. Le taxi qui roule. L’environnement qui se déshabille. Les têtes des immeubles, l’humidité de l’air, les bouilles des affiches publicitaires, l’âcreté des odeurs, les tronches des bagnoles, l’opacité des lumières, la trogne des premières banlieues, l’intensité du bruit…tout ça esquisse une ville. La citadine se dessine peu à peu dans ma tête, au fur et à mesure que le taxi file sur le périphérique local… sauf à Sarajevo. J’étais paumée, les repères étaient contradictoires, on me donnait du soviétique dans les yeux pour ensuite me balancer de l’oriental dans les oreilles. Mon olfactif giflait assurément ma vue qui s’en prenait à mon ouïe. J’étais désarçonnée et rien ne me permettait de donner un air à la ville. Elle me tiraillait de tous les côtés. Elle me malmenait un peu mais ce n’était pas désagréable et j’allais finir par l’apprivoiser.
 
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On attendait nos clés pour prendre possession de notre appartement, l’immeuble était un peu froid mais beau et imposant, la porte lourde, on a zieuté l’intérieur, ça m’a plu. Cette masse en pierre grisonnante avait l’air récalcitrante comme ça mais j’eus très envie de l’habiter. Je crois que c’est surtout l’escalier qui m’a mise en appétit. Je l’ai vu et immédiatement mes jambes m’ont portée à lui. J’espérais secrètement que nous habitions au dernier étage car je voulais fouler chaque palier. Les dalles étaient grandes, un peu en marbre et composaient une surface relativement impressionnante. On eût aisément pu organiser un pique-nique-palier sur ces paliers. Ces grands immeubles de l’est… Ici on avait de l’espace et je tenais à l’investir. J’ai également pensé à un apéro sur ces marches. Des gens, de la fumée, des bouteilles de bière avec des mégots dedans, du vin entamé, des tâches sur le marbre… Il serait peut-être plus sage d’aller s’enivrer ailleurs tout compte fait. Ce n’est pas chez moi après tout. Un autre jour peut-être si on arrive à s’encanailler avec les voisins.
 
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Pour un mois de juillet, il faisait frisquet et le temps était exécrable. Tout mouillé partout. De la grosse pluie qui trempe illico. Il fallait combattre l’humidité extérieure. Il fallait faire la fête, il fallait tâter le nocturne de Sarajevo. Faire la fête à Sarajevo… comment ils s’amusent les bosniaques ? On a rencontré un gars de la ville qui vivait au Canada la majorité de l’année. Il voulait nous sortir. J’étais ravie. On s’est retrouvé dans un bar au bord de la Miljacka, c’est la rivière de Sarajevo, elle a vu beaucoup de choses cette rivière. Le bar pouvait ressembler à plein de bars de plein de capitales. Sauf qu’ici l’ambiance était pas la même, je sentais bien qu’on était ailleurs, à la croisée de plein d’anciennes contradictions… c’était bourré de gens qui 20 ans auparavant se sont fait la guerre et qui 40 ans auparavant formaient un peuple uni sous Tito. Ils sont rigolos ces anciens Yougos, ils tendent vers une modernité internationale.
 
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Certains dans ce bar avaient la dégaine d’artistes à grosse barbe qui trainent leurs souliers à Williamsburg mais tous conservaient une espèce de jovialité yougoslave traditionnelle extrêmement plaisante. J’ai ainsi décrété que ce serait pendant un temps le meilleur bar du continent européen. Le lendemain, un soleil éclaboussant est rentré comme un pachyderme dans la ville. La lourdeur de cette arrivée ne m’a cependant pas déplue et j’ai eu de suite envie de prendre quelques gifles de cet astre. Mes pieds m’ont inconsciemment emmenée au bord de la Miljacka, là où mes errances alcooliques m’avaient posée la veille. Le bar avait une gueule bien différente le matin. Aux personnes à grosse barbe et pintes de bière avaient succédé les personnes à grosses montures de lunette et leur Mac Book Air.
 
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J’ai longé la Miljacka, bordée d’immeubles période Austro-hongroise. C’était une partie de la ville que je ne connaissais pas, qui m’étonnait à nouveau. Il y avait d’un côté de la rive une expo photo en pleine air d’artistes contemporains et de l’autre un vague marché qui rassemblait des vendeurs de bigoudis, de patates, de vieux bouquins, de légumineuses et de chemises de nuit très longues. Je me suis tatée sur les bigoudis. Ils avaient de chouettes couleurs. J’ai en revanche fait l’acquisition de fabuleux cèpes et de juteuses tomates. Le vague marché m’avait composé mon déjeuner. Je crois qu’à ce moment-là, j’ai cessé de vouloir expliquer cette ville, j’ai accepté toutes ces belles incohérences.
 
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Elle m’a eue cette sorcière, je suis tombée amoureuse d’elle en l’espace de quelques anecdotes. Sarajevo mon amour. Plus les jours ont passé, plus elle m’a conquise. Elle m’a attirée dans de sombres endroits alternatifs coincés dans la vieille ville Ottomane. J’y ai ingurgité des breuvages assez mauvais au goût mais très plaisants à l’humeur, dansé sur une improbable musique de reggae électronique dans ce lieu à vieilles pierres cubiques. Elle m’a également entrainée dans des espaces bien plus apaisants en montant vers le haut dans ses montagnes. Il a suffi de pas grand-chose, une bonne douzaine de minutes pour s’extirper du centre historique et grimper de petites rues engoncées entre 2 rangées de maisons à 3 étages et se retrouver comme dans un petit village bosniaque. Il bien fallu quitter cette ville pour aller palper d’autres contrées bosniennes et monténégrines mais je n’avais qu’une hâte c’était de revenir à Sarajevo et de profiter encore un peu d’elle avant de reprendre mon avion. Le dernier jour a été délicieux. Je suis allée prendre une dernière gifle de soleil en sirotant mon marc de café. A très vite mon amour.
 
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xxx, Aurore.

Les têtes à claques!

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Si, en effet, on aime faire des caricatures un peu moqueuses de ces messieurs et de leurs stéréotypes vestimentaires, il n’en reste pas moins que généralement, ils nous allèchent jusqu’à l’érection. De l’autre côté, il y a ceux qui nous font aussi bouillonner, mais à l’opposé. Ceux qui nous donnent envie de devenir champion de France de boxe juste pour le plaisir d’en faire nos punching-balls. Sérieux, les gars ?! Vous vous regardez dans une glace avant de partir de chez vous ? Comment ça se passe, vous vous sentez bien en étant franchement moches ? Petit tour d’horizon des têtes à claques du style.

 

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– Le mec Rick Owens : sa mamie devait se débarrasser de ses torchons à vitres et de ses vieux collants filés, il a donc décidé de s’improviser créateur de mode et d’en faire une espèce de superposition de tee-shirts informes qui lui arrivent aux genoux. C’est laid, la matière est indescriptiblement dégueulasse et il ressemble à une version goth de Desigual. Autant vous dire qu’on a plutôt envie de remettre un peu de couleur dans sa vie en lui vomissant dessus.
En plus, le mec associe généralement ça à une jupe longue en toile de parachute digne de madame Moreau, prof d’arts plastiques du collège Francis Lalanne à Cujol-les-amandiers dans le périgord, le tout surmonté de boots à lacets dignes d’Elvira. On adore Elvira mais dans un contexte iconique, hein ! On se voit mal procréer avec la maîtresse des ténèbres.

 

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De plus, chéri, le maquillage, on est ultra d’accord pour aller à la House Of Moda du samedi soir mais entre-temps, ça serait sympa que tu te laves la gueule. Ça donne pas très envie, tous ces restes, même si tu as l’air de trouver ça terriblement sexy. On t’assure que ça ne l’est pas. N’est pas Kurt Cobain qui veut, okay ? Pas la peine de faire la tronche non plus, ce n’est pas nous qui avons décidé que les gens auraient la nausée en te matant, bébé.

 

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– Le sportif de la vie : il fait -40 000° en ce mois de décembre mais le sportif de la vie est en short avec un débardeur Adidas taille 12 ans et des Nike à ressort. Il a chaud où qu’il soit, quoi qu’il fasse. De toute façon, il ne fait qu’une seule chose dans la vie : du sport. Donc, il se doit de te le montrer et de partager visuellement sa transpiration avec toi. Son iPod chirurgicalement implanté dans les oreilles et pincé à la sangle de son sac Asics XXL qui contient une gourde, des stéroïdes, différentes serviettes sales et à salir, un jockstrap de rechange et les derniers exemplaires de Hulk Hogan magazine, il se dandine dans une chorégraphie linéaire étudiée. La vie est un tapis de course et il veut que tu en aies conscience, même à 8 h du mat’, alors que tu ne rêves que de ta couette.

 

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Il a le crâne savamment rasé et la petite houppette à la Tintin imbibée de gel Vivel Dop effet carton, que si tu passes ta main dedans, tu te coupes en mode « direct aux urgences ». Son sourire ultra bright est indécent de niaiseries mais lui se sent fort parce qu’il a un tatouage tribal des tribus polynésiennes choisi dans les shops à encre de Châtelet. Ses QG sont la salle de gym, ÉVIDEMMENT, mais aussi le Sun City où il ne va, bien sûr, que pour faire du hammam en toute simplicité et hydrater sa peau. Oui, oui… et mon cul, c’est du poulet ? Bref, c’est vraiment le mec à qui tu n’as pas envie de parler tellement il sent le rance à 20 kilomètres. Mais ne soyons pas odieux, lui, il est bien dans ses baskets car il fait du sport… ÇA VA, JE CROIS QU’ON A COMPRIS.

 

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– Le Saint-Germain-des-Prés Power : il est certainement le plus insupportable de cette catégorie avec ses mocassins en velours à picots de chez Tod’s et son inconditionnel chino aux couleurs plus embarrassantes les unes que les autres, comme framboise ou vert pomme. Son signe de ralliement et d’identification ? La ceinture Hermès, seul objet de la maison de luxe ultime qu’il peut s’offrir. Il est généralement accompagné de Charlotte, son double féminin en ballerines Repetto, sac Longchamp pliable, skinny délavé à 400 boules de chez Darel, chemisier à lignes verticales roses, perfecto en cuir trop petit et chevelure beaucoup trop blond cendré sous couvert d’une frange démesurée.

 

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Ils ne se quittent plus depuis le Rallye after « Manif Pour Tous » où ils se sont rencontrés, et lui la protège de ses grands bras maigres cachés sous sa veste Hugo Boss que papa lui a payée quand il a réussi à avoir un 8/20 à sa copie de philo au lycée Notre-Dame-des-Enfants-Sauvés-de-cette-Société-de-Débauche. Il te regarde avec dédain parce qu’à 30 piges, tu portes des vêtements de sport autrement que pour aller au tennis alors que lui s’habille comme son grand-papa depuis qu’il a 8 ans. Et ça, il ne comprend pas. Ça tombe bien qu’il ne comprenne rien parce que nous, à part lui foutre une paire de gifles dans la gueule, on n’a pas vraiment envie de faire grand-chose d’autre, et certainement pas de lui expliquer.

 

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– Le CDI de la mode : depuis qu’il est devenu assistant EN CDI (Saint Graal ultime) de la rubrique shopping de Avantages, le garnement n’en peut plus de la vie. Il superpose tout ce que lui dit le catalogue Vogue-LVMH et ressemble à Anna Dello Russo, mais version Primark. Parce que bien sûr, il est junior et son 1 200 boules par mois ne lui permet pas de s’offrir les originaux. Il représente tout ce qu’il ne faut pas faire, IL EN FAIT TROP.

 

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Certes, il a un sac à 4 000 balles offert par ses parents + grands-parents qui se sont saignés pour lui acheter il y a deux saisons car il ne voulait pas du permis (il habite en ville), mais tout le reste est un condensé de tout ce qui se fait de plus cheap au monde. Pour feindre cette fadeur dont il a conscience, il tend son sac comme un hystérique à toutes ses collègues de bureau en criant : « C’est un VRAI Balenciaga que je n’ai même pas acheté sur Vestiaire Collective ! ». Son musée, c’est H&M le samedi après-midi, et les célèbres collab’ du géant suédois de la merde sont ses avant-premières à lui. Il parle en mettant des « -han » à la fin de chaque phrase et il a tellement d’accessoires sur lui que Noël est LA date de l’année où il paraîtra normal. Dédaigneux, tout le monde le hait. Lui croit que c’est parce qu’il a compris la mode et que les autres sont juste jalouuuuux. Mais en fait, c’est parce qu’il a une attitude de roquet qui aurait besoin d’un bon coup de… En même temps, qui voudrait fourrer une dinde hystérique de ce genre, même un jour de Thanksgiving ?

 

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Le CDI de la mode est le modèle même de la frustration qui noie son mal-être dans la fringue de mauvaise qualité comme beaucoup d’entre nous se replient sur une bonne tablette de chocolat noir. Son appartement est empoisonné de fringues à usage unique et sans âme, comme lui. Son seul moment de répit est la fashion week où il peut jouer à la grande dame du monde avec ses copines journalistes et sortir des phrases toutes faites comme : « Karl nous a impressionnés avec sa collection déstructurée ». Il ne sait pas ce que ça veut dire mais il s’en branle parce qu’il a compilé trois phrases dites respectivement par Anna Wintour, Mademoiselle Agnès et Suzy Menkes, donc ça ne peut être que génial. Son idole est Rachel Zoé, une « femme qui a réussi » et bien qu’il s’empiffre de kebabs en scred à 2 h du mat’, il essaye de faire croire qu’il ne mange rien. Il fait plus pitié qu’autre chose, mais comment en vouloir à quelqu’un qui finalement n’a aucune existence sérieuse ?

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On en croise tous les jours sur les lignes du métro, ils sont insupportables, mais qu’est-ce qu’ils sont rigolos à sauver mes matinées embuées ! Continuez, les gars. Sans vous, ma vie serait tellement monotone… Au fond, je vous aime, vous faites remonter mon estime de moi, à chaque fois !

 

Bisou et bien à vous.

Adline Ferret : fantasme idéologique de la Parisienne 

Les étrangers (et spécialement ceux qui s’intéressent à la mode) ont une image bien calibrée de la Parisienne : une femme qui sort du lit, cheveux en bataille, mais qui est déjà parfaite. Un make-up nude mais presque scientifiquement apposé, une garde-robe toujours féminine et pourtant tellement effortless… Comme si la Parisienne était naturellement élégante et sophistiquée. Soyons clairs : c’est un mythe. À une femme près… Adline Ferret.

Ce petit brin de glamour est un pur produit de Paris. L’incarnation efficace du fantasme que nos amis hors frontières se font de la féminité à la française. Du haut de ses talons, la blonde incendiaire use et abuse de ses courbes affriolantes et de ses yeux vert absinthe avec un sens du style à tuer toute Japonaise hystérique lors d’un streetstyle aux Tuileries pendant toute bonne Fashion Week qui se respecte. Oui, la grâce, c’est naturel chez elle.

 

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Depuis sa plus tendre enfance, Mademoiselle Ferret s’imprègne du glamour hollywoodien, des films noirs et d’une femme, son idole, Marilyn Monroe. Elle n’a qu’un seul rêve en tête : devenir créatrice. Créatrice de vêtements pour habiller et déshabiller ces icônes qui la font tant rêver dans une exacerbation absolue de tout ce qui représente le féminin. Les seins, les fesses, les courbes sont à l’honneur, les escarpins sont hauts, très hauts, les cheveux sont longs et blonds, broussailleux mais chics. Le maquillage n’habille pas, il sublime les modèles qu’elle drape et qui sont déjà belles quoi qu’il advienne, car une femme, en soi, c’est beau. Mantra quasi viscérale de la jeune esthète…

De cette approche quasi sculpturale du corps comme œuvre à part entière, elle fera un art de vivre. Étudiant les arts sous le soleil de la Méditerranée, elle finira son cursus à la Chambre Syndicale de la Haute Couture parisienne et œuvrera pour Azzaro, Mugler ou encore Givenchy et collaborera avec le magazine Stiletto, pour ne citer qu’eux. Toujours à la recherche de cet absolu précieux et délicat que représente à ses yeux l’origine du monde.

 

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Exigeante avec elle-même, elle l’est  aussi dans sa manière de travailler, avec une recherche continuelle d’inspiration, de modélisme et d’une qualité irréprochable, souci premier de la jeune designer.

Aujourd’hui, exilée à Londres, pour des raisons que seul l’amour peut expliquer, la Française, dans toute sa splendeur, a conquis le petit monde de la mode avec une première collection tout en finesse de broderie et sévérité des coupes, ovationnée autant par des journalistes médusés que par des clientes extatiques.

 

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 © Sonny Malhotra

 

Alors qu’elle nous avait confié l’interprétation de son lookbook et de sa campagne publicitaire pour la présentation de The Feminine Dichotomy qui se déroulait à la dernière semaine de la mode parisienne autour d’un buffet d’insectes à grignoter et de jus de baobab à savourer, nous tenions à vous présenter celle qui incarnera à jamais la tour Eiffel, le Sacré-Cœur, le Louvre et tous les clichés d’une capitale qui aujourd’hui ne font plus honneur à son passé.

 

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©Laetitia Bica

Adline Ferret est une rescapée, reflétant à elle seule l’histoire d’une France réputée pour le charisme de sa joliesse. Une évidence du passé dans le bain bouillant du modernisme. Une fierté nationale qui représente à merveille une France qui fait rêver, une encyclopédie du style qu’il est bon de consulter à tout moment…

 

Bien à vous.

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