Be Aware.

 

Bon allez, c’est la dernière fois qu’on fait chier avec Londres. Mais bon, là, ça vaut vraiment le coup d’œil. La Royal Academy of Arts nous invite à découvrir une exposition des plus intéressantes, et surtout des plus inattendues : Aware – Art of fashion identity. Pour les plus passionnés d’entre nous, cette exhibition risque d’être un véritable choc que vous applaudirez des deux mains… ou pas du tout, tellement vous en resterez bouche bée. Pour une fois, on a l’impression que la mode est élevée à un autre rang que celui de « sous-art ». La notion toute commerciale n’est enfin plus palpable pour laisser place à une vraie réflexion sur les messages que peuvent développer les designers par le biais du vêtement.

 

Yinka Shonibare MBE -Fabrics used for little rich girls.

Alicia Framis – 100 ways to wear a flag – « How many women today wear clothes labelled ‘made in china? »

Grayson Perry – Artist’s robe ou les yeux de la vérité.

 

Le textile ou même les installations créées n’ont plus une « richesse portable » mais simplement un message à faire passer, et pas du petit message de tapette ! Ici, on brandit l’objet fini comme une représentation de ce que l’on veut dire, de ce que l’on veut transmettre, sans pour autant lui donner une fonction de vêtement à proprement parler. Ainsi, la culture et l’histoire entrent en jeu, mais les dérives de notre société et la réflexion du visiteur sont aussi mises à l’épreuve. Que peut exprimer un vêtement au-delà de notre propre personnalité ? Ce n’est plus une affaire d’industrie quand l’art le plus pur se mêle à la qualité des designers les plus créatifs. Une véritable entrée en matière dans la tête de ceux qui nous habillent et qui ici laissent aller leur imagination jusqu’à la plus complète déraison, certainement pour exprimer leurs désirs ou peurs les plus profonds.

 

Mella Jaarsma – Shelter me 1 – le vêtement maison.

Helen Storey – Disappearing Dress Series: say good bye – la robe qui se désintègre comme la planète. Manifeste écolo?

 

On peut approcher certains travaux tout droit sortis de l’esprit des plus célèbres : Alexander Mc Queen et sa robe de dentelle rouge en référence à Jeanne d’Arc, archives du show de 1998 (un chef-d’œuvre !) ; Hussein Chalayan présente un travail sublime de robe volante et éclairée, « contrôlée » par des êtres obscurs représentant la méchante et écrasante industrie mode, tout ceci inspiré des théâtres de marionnettes japonais. Sans oublier une performance de Yoko Ono où elle invite les spectateurs à couper la majeure partie de ce qui l’habille comme un manifeste féministe.

 

Alexander Mc Queen – Jeanne d’Arc – Automne/Hiver 98.

Yoko Ono – Cut Piece – La femme n’est pas un paquet cadeau.

Hussein Chalayan – Son of Sonzai Suru – liberté et manipulation.

Yohji Yamamoto – automne/hiver 91 – La robe de bois.

 

L’exposition présente alors des noms qui attirent mais ce n’est pas l’essentiel. Quand on voit cette robe qui de loin a l’air d’être un sublime diamant et qui, vue de près, est construite en épingles de couturière, on comprend le désir de l’artiste, à savoir que ce qui peut paraître d’une beauté attrayante de loin peut être d’un autre point de vue dangereusement douloureux : c’est intensément interrogatif ! On « clap ! clap ! clap ! ».

 

Susie MacMurray – Widow – être veuve ça fait mal.

 

Mais là où on hurle vraiment, c’est quand l’artiste Dai Rees utilise des patrons des années cinquante pour les retravailler de façon à les polir, à les assembler chirurgicalement et à les pendre sur des crocs de boucher pour nous montrer à quel point la mode créative va à l’abattoir. Cette pièce d’art rend mal à l’aise quand on se trouve devant, et pourtant on sourit devant son positionnement face à la commercialisation de masse et à l’envie de faire toujours plus, plus vite et surtout moins cher.

 

Dai Rees – Carapace: Triptych, The Butcher’s Window – la créativité à l’abattoir.

 

Si même les artistes les plus pointus se mettent à vomir sur la surconsommation de la fast fashion, c’est bon signe. Le changement de mentalités aurait-il lieu ? Ne serions-nous pas les seuls à en faire l’overdose ? Je sens qu’il y a deux ou trois blogueuses qui sont en train de défaillir sur leurs sièges. Tant mieux.

On ne peut malheureusement pas tout résumer mais cette exposition a la vertu d’être interrogative, voire potentiellement traumatisante. Une autre façon de voir le vêtement, sa capacité, son pouvoir. Un pur bonheur visuel qui permet aux passionnés d’intégrer un autre degré d’approche, de rentrer au plus profond de ce que peut être l’esprit créatif, et par conséquent de réveiller sa conscience d’acheteur face à un monde qui n’essaye que de vendre. La mode a toujours été considérée comme superficielle: Ici, elle prend tout son sens et démontre le pouvoir qu’elle peut avoir comme arme artistique ou comme message sans compromis. Conclusion : on se sent vraiment moins connes !

 

Gsk Contemporary – Aware: Art Fashion Identity – 2 décembre 2010 – 30 Janvier.

6 Burlington Gardens, Royal Academy of Arts, London W1S 3ET.

 

Bien à vous.

2 commentaires sur “Be Aware.

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